Arrivés des îles du grand océan il y a quelques siècles dans le pays du long nuage blanc (Aotearoa), les Maoris se sont vite fait « bouffer » par les blancs venus d’Europe après eux. Ils avaient d’abord peuplé l’île du sud, se nourrissant notamment d’oiseaux incapables de fuir - tant ce monde avant leur arrivée était paisible et dénué de prédateurs. Quand ceux-ci furent tous mangés (les moas disparurent, il y a 600 ans déjà, on peut en conclure en passant que décidément il n’y a pas d’exception : l’humain est un prédateur universellement sans pitié), leurs exterminateurs remontèrent vers le nord, là où le climat ressemblait un peu plus à celui de ces îles que leurs ancêtres avaient quittées et où on pouvait cultiver la patate douce (kumara), leur ancestrale nourriture de base.
A l’arrivée des blancs (les Pakehas, comme ils disent), les Maoris étaient déjà moins nombreux sur l’île du sud que sur l’île du nord. Les représentants de la Couronne anglaise signèrent avec eux un traité (à Waitangi, au nord de l’île du nord, le 6 février 1840) dont les Maoris ne furent jamais satisfaits ; il faut dire qu’ils ne pouvaient imaginer combien nous, Occidentaux, sommes roués et cupides et que donc, la colonisation qui allait suivre allait les spolier légalement (les deux cultures n’ayant pas le même sens de la propriété) et les acculturer.
Cette année encore, à l’anniversaire du traité (et qui est le jour de la fête nationale de la Nouvelle-Zélande), les rancœurs remontèrent à la surface et le Premier Ministre Bill English ne se sentit pas suffisamment le bienvenu pour se rendre à Waitangi au lever du jour. Il préféra y envoyer son Deputy Prime Minister, Paula Bennett, lui-même restant à Auckland pour célébrer l’événement « lors du petit-déjeuner annuel à Orakei ».
Mais tout n’est pas si noir. Se comprendre prend du temps, des siècles même peut-être. A Waitangi ce 6 février-ci, peu après l’aube, ce si beau moment auquel on réserve les prières les plus sacrées, Justice Joe William eut ces mots forts : « Même si le Gouverneur Hobson [qui représentait la Couronne en 1840] était dans l’erreur en disant que nous sommes un peuple, le traité avait raison de dire que nous sommes un pays. » Un pays, un monde quelque peu solidaire, ce n’est déjà pas si mal quand on voit ce que devient l’Europe.
Dans l’île du sud, où nous étions ce 6 février, les commémorations - secondes en importance après Waitangi - se passaient à Okains Bay dans la Péninsule de Banks. Ici, pas de tensions politiques comme au nord (mais peu de Maoris pourtant), le directeur du musée maori et colonial de la baie, Ian Day, se préoccupant uniquement de faire se rencontrer les cultures. Un pari assez bien réussi, nous sembla-t-il.
Pour rejoindre Okains Bay en ce jour de célébration du traité de Waitangi, nous n'avons eu qu'à suivre ce long nuage blanc...
... et comme aux temps anciens, un waka remonte l'Opara River. Aujourd'hui, c'est pour rencontrer la foule et lui rappeler que les Maoris furent autrefois de grands navigateurs.
Des patates douces (différentes variétés de kumara), des légumes comme les carottes, panais et céleris, et bien sûr de la viande en abondance pour ces appétits herculéens.