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Aotearoa un survol de plus

Aotearoa un survol de plus

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découvertes (3): Cook

découvertes (3): Cook

Le Capitaine Cook (1728 - 1779) fut le second Européen à apercevoir la Nouvelle-Zélande (après le Hollandais Abel Tasman) et le premier à y poser les pieds. C’était début octobre 1769, à l’embouchure de la rivière Turanganui qui traverse la ville qui s' appelle aujourd’hui Gisborne (et cela ne se passa trop bien avec les Maoris, mais n’anticipons pas).

Une des principales motivations de notre voyage (la seconde étant sans conteste le plaisir de découvrir un monde aux antipodes du nôtre tout en profitant de son été, notre hiver) était d’aller visiter les lieux par lesquels cet illustre Capitaine était passé. Cook était mon héro depuis l’enfance et j’avais beaucoup lu sur lui. Aller sur ses traces dans ces îles tellement lointaines et qui furent les toutes dernières à être découvertes par l’homme fut pour moi une expérience extrêmement émouvante.

 

Certes quelques siècles avant Cook des Maoris avaient déjà découvert ces îles (on appelle cette première implantation, celle des chasseurs de moas, ces grands oiseaux sans ailes) avant de s’y établir en assez grand nombre au quatorzième siècle (massacrant alors ces pauvres bêtes jusqu’à leur extinction); certes aussi Abel Tasman les avait approchées un siècle plus tôt (sans y aborder), mais ce fut bien Cook, ce navigateur et capitaine d’exception qui eut le privilège de les révéler au monde*, d’en prendre possession pour la couronne britannique, d’en nommer des lieux, d’en faire admirablement la cartographie (surtout au cours du premier de ses trois voyages) et d’en soupçonner les innombrables particularités.

 

Mais trêve de bavardage, passons à l’homme et au début de sa belle aventure avec la Nouvelle-Zélande. Lors du premier (d’août 1768 à juillet 1771) de ses trois voyages autour du monde, il appareillait après de multiples péripéties déjà de Ra`iatea dans les Îles de la Société, le 9 août 1769 « à la recherche du Continent », selon ses mots, lui et son équipage (auquel il faut ajouter Tupaia, un prêtre-navigateur de haute caste, originaire de Ra`iatea que Cook prit à son service et qui joua un rôle non négligeable dans cette expédition, notamment en servant de traducteur et de médiateur dans les relations entre les Anglais et les Maoris)...

 

 

 

*: Cependant pour moi après ce voyage au pays du long nuage blanc où nous avons vu, sidérés, ce que les hommes ont fait de ce paradis, le plus important est peut-être quand même ailleurs et, nonobstant mon admiration pour l’homme et son œuvre, j’aurais tendance à considérer aussi son exploit sous un angle moins flatteur, car en mettant la Nouvelle-Zélande sur la carte du monde, il allait contribuer à la détruire, j’entends sa nature, car son voyage priva définitivement ces îles de leur statut de terres isolées et préservées de l’homme.

L’homme est cet implacable pollueur et prédateur dont on sait qu’il se contente rarement de vivre harmonieusement parmi la nature, mais qu’il la déflore, la viole et la salit, éteignant au passage maintes espèces de sa flore et de sa faune. On nous pardonnera cette note mais il serait malvenu de ne pas mentionner ce point, parlant de la Nouvelle-Zélande et de Cook, qui à son corps défendant c’est entendu, déclencha ce que l’on constate aujourd’hui quand on visite ces îles : en gros, un environnement chamboulé (des près pour moutons et vaches à perte de vue, là où était autrefois le bush) et pollué, l’extinction de certaines espèces que l’on trouvait uniquement là et la dissémination, pour ne pas dire l’invasion, d’autres qui les supplantent. Et considéré sous l’angle du déficit en diversité du vivant (et donc de la perspective actuelle de la catastrophe inéluctable qui nous attend), les voyages de Cook - comme d’ailleurs ceux de tout voyageur d’hier et d’aujourd’hui, mais les siens plus encore que ceux de bien d’autres de par leur importance historique - , peuvent être vu comme un épisode marquant de la tragique redistribution de la faune et de la flore à l’échelle de la planète, contribuant au « réassemblement » du monde d’aujourd’hui en « un unique et énorme supercontinent que les biologistes désignent parfois du nom de « Nouvelle Pangée », selon les mots d’Elizabeth Kolbert (La 6ème Extinction, éd. Vuibert, 2015, p. 244). (Et celle-ci de montrer ensuite dans ce remarquable ouvrage que c’est suite à cette redistribution qu’au final « la diversité à l’échelle de la planète (le nombre total d’espèces que l’on peut trouver dans le monde entier) s’est effondrée (p. 248).)

Du Capitaine Cook, John Elliott, aspirant sur la Resolution, écrivit un jour: "No man could be better calculated to gain the confidence of Savages than Capt. Cook. He was brave, uncommonly Cool, Humane, and Patient. He would land alone unarmed, or lay aside his Arms, and sit down when they threatened with theirs, throwing them Beads, Knives, and other little presents, then by degrees advancing nearer, till by patience and forebearance, he gained their friendship and an intercourse with them, which to people in our situation was of the utmost consequence."
Du Capitaine Cook, John Elliott, aspirant sur la Resolution, écrivit un jour: "No man could be better calculated to gain the confidence of Savages than Capt. Cook. He was brave, uncommonly Cool, Humane, and Patient. He would land alone unarmed, or lay aside his Arms, and sit down when they threatened with theirs, throwing them Beads, Knives, and other little presents, then by degrees advancing nearer, till by patience and forebearance, he gained their friendship and an intercourse with them, which to people in our situation was of the utmost consequence."

Du Capitaine Cook, John Elliott, aspirant sur la Resolution, écrivit un jour: "No man could be better calculated to gain the confidence of Savages than Capt. Cook. He was brave, uncommonly Cool, Humane, and Patient. He would land alone unarmed, or lay aside his Arms, and sit down when they threatened with theirs, throwing them Beads, Knives, and other little presents, then by degrees advancing nearer, till by patience and forebearance, he gained their friendship and an intercourse with them, which to people in our situation was of the utmost consequence."

découvertes (3): Cook
Ses voyages, succinctement résumés au bas de sa statue à Gisborne
Ses voyages, succinctement résumés au bas de sa statue à Gisborne

Ses voyages, succinctement résumés au bas de sa statue à Gisborne

Son bateau, l'Endeavour, lors de son premier voyage.
Son bateau, l'Endeavour, lors de son premier voyage.

Son bateau, l'Endeavour, lors de son premier voyage.

... Quasi trois mois de mer plus tard, Nick, le boy du chirurgien de bord, juché au haut du grand mât cria « terre ! ». Nous étions le 6 octobre, il était deux heures de l’après-midi. La terre vue par Tasman un siècle plus tôt (et qu’on appelait alors Nieuw Zeeland ou Nova Zeelandia) venait d’être redécouverte, bien que certains à bord (mais pas Cook) pensaient encore que l’on était là en présence du grand Continent (dont on croyait qu’il devait exister dans l’hémisphère sud pour faire pendant aux terres de l’hémisphère nord et que Cook avait pour mission d’éventuellement trouver)...

Statue de Nick (tel que le sculpteur l'a imaginé) à Gisborne.
Statue de Nick (tel que le sculpteur l'a imaginé) à Gisborne.

Statue de Nick (tel que le sculpteur l'a imaginé) à Gisborne.

On ne sait si Nick reçut le rhum promis par le Capitaine à qui verrait le premier la terre, mais il fit un grand honneur au jeune garçon en donnant son nom au promontoire qu'il avait aperçu depuis le large: Young Nicks Head. Sur la première photo on le voit pointer ce promontoire (les falaises blanches à droite; sur la seconde, on le voit depuis l'intérieur des terres avec la baie derrière lui, baie que Cook appela "de la pauvreté" car il y fut mal reçu et ne put s'y approvisionner. Gisborne est au fond.
On ne sait si Nick reçut le rhum promis par le Capitaine à qui verrait le premier la terre, mais il fit un grand honneur au jeune garçon en donnant son nom au promontoire qu'il avait aperçu depuis le large: Young Nicks Head. Sur la première photo on le voit pointer ce promontoire (les falaises blanches à droite; sur la seconde, on le voit depuis l'intérieur des terres avec la baie derrière lui, baie que Cook appela "de la pauvreté" car il y fut mal reçu et ne put s'y approvisionner. Gisborne est au fond.

On ne sait si Nick reçut le rhum promis par le Capitaine à qui verrait le premier la terre, mais il fit un grand honneur au jeune garçon en donnant son nom au promontoire qu'il avait aperçu depuis le large: Young Nicks Head. Sur la première photo on le voit pointer ce promontoire (les falaises blanches à droite; sur la seconde, on le voit depuis l'intérieur des terres avec la baie derrière lui, baie que Cook appela "de la pauvreté" car il y fut mal reçu et ne put s'y approvisionner. Gisborne est au fond.

... Voyant de la fumée le long de la côte, indiquant que le pays était habité, Cook et un groupe de marins mirent les deux barques à l’eau dans l'espoir d'établir des relations amicales avec les indigènes et de se ravitailler en eau et en nourriture. Les deux barques accostèrent à l’embouchure de la rivière Turanganui (au lieu précis de la stèle que voici)...

Même s’il est impossible de s’imaginer à quoi ressemblait cette rive le 9 octobre 1769, cette stèle marque le lieu exact où Cook a posé les pieds pour la première fois dans ce pays.
Même s’il est impossible de s’imaginer à quoi ressemblait cette rive le 9 octobre 1769, cette stèle marque le lieu exact où Cook a posé les pieds pour la première fois dans ce pays.

Même s’il est impossible de s’imaginer à quoi ressemblait cette rive le 9 octobre 1769, cette stèle marque le lieu exact où Cook a posé les pieds pour la première fois dans ce pays.

découvertes (3): Cook
découvertes (3): Cook
découvertes (3): Cook
découvertes (3): Cook
Hormis la stèle, on ne retrouve dans cet environnement portuaire sans âme qu’un petit parc appelé le Banks Garden pour rappeler le temps de Cook.

Hormis la stèle, on ne retrouve dans cet environnement portuaire sans âme qu’un petit parc appelé le Banks Garden pour rappeler le temps de Cook.

... Mais voyant les hommes de l’autre côté de la rivière, Cook et des hommes s’y dirigèrent dans une des embarcations, laissant l’autre à la garde de quatre marins qui bientôt furent surpris par quatre Maoris surgissant des fourrés armés de lances. Quand l’un d’entre eux se fit trop menaçant, il fut abattu. Dès lors, on sonna la retraite et tous les Anglais retournèrent en hâte sur l’Endeavour.  

Le lendemain (9 octobre), nouvelle tentative: des hommes s’étaient rassemblés sur la rive de la rivière, et quand Cook et ses hommes accostèrent, après de longs atermoiements où personne ne voulait franchir la rivière en premier à la rencontre de l’autre groupe, le rapprochement se fit enfin et la communication fut même possible car on se rendit vite compte que la langue des Maoris n’était pas éloignée de celle des habitants des îles du Pacifique, langue que parlait Tupaia, l’interprète embarqué par Cook à Ra`iatea.  Celui-ci assura les Maoris que ni le Capitaine de ce vaisseau étrange ni son équipage ne leur étaient hostiles, et commença alors un échange de cadeaux. Cependant le meurtre de la veille était dans toutes les mémoires et chacun restait sur ses gardes. Quand un Maori vola (nul ne saura jamais s’il s’agissait d’un vol à ses yeux, mais les malentendus durent être nombreux dans les premiers temps tant les cultures étaient différentes) un marin anglais, il fut promptement abattu.

Les Anglais remontèrent alors dans leurs barques et passèrent l’après-midi à explorer la baie à la recherche d’un autre endroit où débarquer. Ils virent alors deux canoés maoris et se mirent à les poursuivre dans le but de faire temporairement prisonniers leurs occupants afin de les amadouer une fois ramenés à bord et par leur intermédiaire de faire ainsi comprendre à ce peuple que leurs intentions n’étaient pas hostiles. Un coup de feu fut tiré en l’air afin de tétaniser les Maoris mais ceux-ci, à la surprise de Cook se mirent alors à les attaquer.  Deux ou trois furent alors abattus dans l’assaut, un autre fut blessé et trois sautèrent à l’eau. Ces derniers furent repêchés par les Anglais et ramenés à bord de l’Endeavour. On leur offrit des cadeaux, de la nourriture et des boissons, et ils surmontèrent rapidement leur peur. Tupaia put enfin communiquer avec eux (les assurant notamment que les Anglais ne mangeaient pas eux, leurs ennemis ; les Maoris en furent étonnés, ce dont les Anglais déduisirent qu’ils étaient  bien anthropophages)

Le lendemain (10 octobre), nouvelle descente au rivage avec les trois Maoris faits prisonniers la veille qui assurèrent à leurs congénères qu'ils avaient été bien traités. Tupaia aussi se fit l'avocat des Anglais. Les corps des deux guerriers tués la veille furent honorés selon leurs traditions. Il n'y a eu pas de violence à cette occasion, cependant Cook, contrarié par ces meurtres (c’était à l’encontre de ses principes humanistes et d’autre part cela contrevenait aux ordres qu’il avait reçu à Londres, lui enjoignant d’être aussi respectueux que possible de la vie des « sauvages » qu’il allait rencontrer) décida de remonter à bord (les trois Maoris ne voulaient pas rester à terre de peur de représailles) et quitter cette zone et de partir le lendemain à la recherche d’un autre lieu où jeter l’ancre. Le soir, les trois Maoris furent ramenés contre leur gré sur la plage.

En quittant la baie le lendemain (11 octobre) Cook lui donna le nom de « Baie de la Pauvreté » car il n’avait pu s’y ravitailler et elle ne lui avait pas souri, c’est le moins que l’on puisse dire...

Statue de Cook à Gisborne, sur l'autre rive de la Turanganui, en face de celle où se trouve la stèle. La statue de Nick est un peu plus loin. Gisborne est une agréable petite ville.
Statue de Cook à Gisborne, sur l'autre rive de la Turanganui, en face de celle où se trouve la stèle. La statue de Nick est un peu plus loin. Gisborne est une agréable petite ville.

Statue de Cook à Gisborne, sur l'autre rive de la Turanganui, en face de celle où se trouve la stèle. La statue de Nick est un peu plus loin. Gisborne est une agréable petite ville.

... Ils firent voile vers le sud, laissèrent à tribord la pointe qui s’appelait désormais « la Tête du jeune Nick ». Le pays paraissait peu montagneux et très boisé. Il avait « toutes les apparences d’une terre agréable et fertile ». On voyait des pécheurs ici et là mais pas de lieu propice au mouillage.

Le 14, ils arrivèrent en face de l'actuelle Napier (Ahuriri, à l'époque). Ils étaient toujours à la recherche d'eau et de nourriture fraîche. Les deux barques furent mises à l'eau car depuis le large ils avaient vu une sorte de rivière dont les rives étaient faites de galets. Il s'avéra que celle-ci débouchait sur un lagon dont l'eau était salée. Comme ce fut le cas quelques jours plus tôt à l'emplacement de Gisborne, les Maoris (ici d'une autre tribu, les Ngati Kahungunu) dans leurs barques se montrèrent menaçants et Cook donna un fois de plus l'ordre de lever les voiles.

 

L'embouchure du bus de mer à Napier. Cook est sans doute passé par ici dans sa recherche d'un port sûr dans la baie mais ne s'y est pas attardé. Napier ne se rappelle plus de Cook qui nota pourtant la présence du promontoire surmontant ces lieux dans son livre de bord en date du 19 octobre ("Bluff Head").
L'embouchure du bus de mer à Napier. Cook est sans doute passé par ici dans sa recherche d'un port sûr dans la baie mais ne s'y est pas attardé. Napier ne se rappelle plus de Cook qui nota pourtant la présence du promontoire surmontant ces lieux dans son livre de bord en date du 19 octobre ("Bluff Head").

L'embouchure du bus de mer à Napier. Cook est sans doute passé par ici dans sa recherche d'un port sûr dans la baie mais ne s'y est pas attardé. Napier ne se rappelle plus de Cook qui nota pourtant la présence du promontoire surmontant ces lieux dans son livre de bord en date du 19 octobre ("Bluff Head").

D'autres vues de cet endroit où les barques de Cook furent menacées. Napier est connue pour le terrible tremblement de terre qui l'anéantit en 1931 et pour ses villas art déco construites après (villas sans étage, idéales dans cette baie où les tremblements de terre sont fréquents).
D'autres vues de cet endroit où les barques de Cook furent menacées. Napier est connue pour le terrible tremblement de terre qui l'anéantit en 1931 et pour ses villas art déco construites après (villas sans étage, idéales dans cette baie où les tremblements de terre sont fréquents).

D'autres vues de cet endroit où les barques de Cook furent menacées. Napier est connue pour le terrible tremblement de terre qui l'anéantit en 1931 et pour ses villas art déco construites après (villas sans étage, idéales dans cette baie où les tremblements de terre sont fréquents).

Le lendemain, quelques échanges furent possibles en mer avec des indigènes (tissus contre poisson séché) mais ceux-ci se montraient toujours assez agressifs et à tel point qu’ils tentèrent de capturer le boy de Tupaia. Les Anglais ripostèrent et tuèrent quelques Maoris. Le boy sauta à l’eau de la barque qui l’emmenait et fut sauvé. Comme pour Tasman avant, le pays leur parut inhospitalier. Cook nomma la baie où ils se trouvaient « Hawke’s Bay » en hommage au commandant de l’Amirauté britannique, et le promontoire au sud de celle-ci « Cape Kidnappers » en référence à l’aventure vécue par le boy de Tupaia. Cook continua encore un peu à descendre jusqu’à ce que, déçu par l’absence de bon endroit où mouiller, il se décide à faire demi-tour et à aller vers le nord à hauteur de ce qu’il appela lui-même le "Cape Turnagain".

Suite sur Découvertes (4): Cook