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Aotearoa un survol de plus

Aotearoa un survol de plus

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découvertes (2)

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Abel Tasman

Abel Tasman

Une fois n’est pas coutume, commençons par un P. S. :

On dit qu’un battement d’ailes de papillon peut bouleverser l’histoire du monde. Dans l’aventure de Tasman, trois battements d’aile m’amusent.

1) Le 6 novembre 1642, parce qu’il faisait glacial dans ces quarantièmes rugissants, le pilote Visscher, après concertation avec les membres importants de l’expédition de Tasman, décida de modifier sa route et de remonter un peu plus au nord (du 49 ème au 44 ème degré) dans leur progression vers l’est. S’ils s’étaient conformés au plan de départ, ils seraient passés au sud de la Tasmanie et de l’île du sud de la Nouvelle-Zélande. Ces terres seraient restées encore un peu plus longtemps inconnues.

2) Le 18 décembre 1642, si des Maoris n’avaient pas fait une razzia dans la baie de Wainui, la rencontre de Tasman avec quelques pécheurs de Taupo se serait peut-être bien passée, et la Nouvelle-Zélande actuelle serait peut-être marquée plus par la Hollande que par l’Angleterre. Les gens seraient calvinistes plutôt qu’anglicans (ce qui me direz-vous peut-être, n’aurait été qu’échapper à la peste pour contracter le choléra).

3) Le 20 décembre 1642, si le vent n’avait pas forci et tourné à l’ouest, Tasman et ses hommes auraient peut-être découvert le détroit de Cook. Qu’auraient-ils fait alors ? Peut-être ce que Cook fit plus tard, dessiner la cartographie des côtes et prendre possession des terres.

 

Le texte, à présent :

Le premier Européen à découvrir la Nouvelle-Zélande fut Abel Tasman. C’était le 13 décembre 1642. Une côte était en vue. Ce navigateur aventureux était parti quelques mois plus tôt de l’Île Maurice (première étape après Batavia) pour tenter de découvrir un continent faisant pendant aux terres de l’hémisphère nord et pour en savoir plus sur ses « habitants du sud ». Cinq jours plus tard, après avoir viré vers le nord puis vers l’est dès que possible, ses deux bateaux jetèrent l’ancre dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Golden Bay (Mohua), plus exactement dans la Whariwharangi Bay d’où ils furent aperçus par des Maoris depuis la péninsule de Taupo, un lieu aujourd’hui considéré comme sacré (tapu). Taupo était sans doute un village de pécheurs suppléant en poissons les habitants de la baie de Wainui, une baie qui malgré la richesse du sol et le climat propice ne pouvait raisonnablement faire vivre plus de 100 personnes. Dès lors il était anormal que 22 waka (catamarans maoris) soient sur la plage ce jour-là, si ce n’est parce le site venait d’être attaqué par d’autres tribus (les Maoris étaient très belliqueux et s’entretuaient souvent) lors d’une Taua (expédition de guerre) d’été.

Bref, parce que les Maoris étaient en nombre et pour cause de culture différente, d’incompréhension et sans doute aussi de maladresse de la part des visiteurs, ce qui devait être un tout premier contact pacifique entre des Européens et des Maoris du pays du long nuage blanc se transforma en un bain de sang où trois marins hollandais furent tués et un quatrième fait prisonnier (on plaint son sort s’il arriva vivant sur la côte). Tasman ne fit alors ni une ni deux et appareilla avec ses deux navires (et ses deux barques qui les accompagnaient toujours) en direction de l’est. C’était le 19. Le 20, ils n’étaient pas loin du passage vers le sud et Rukawa Moana (plus tard appelé le Détroit de Cook), mais Tasman et ses officiers ne purent le voir. Etant donné le fort courant qu’ils rencontraient, ils suspectèrent qu’il devait y avoir un passage plus à l’est mais durent abandonner l’idée de poursuivre dans cette direction de peur d’être brossés sur la côte par des vents d’ouest si ce passage n’existait pas (ces bateaux aux hautes superstructures offraient trop de résistance au vent). Ensuite, le temps se gâta et le vent tourna à l’ouest, ce qui les obligea à jeter l’ancre pendant quelques jours, du 22 au 25 décembre pour être précis, dans une baie de l’Île d’Urville (ainsi nommée plus tard).

Ils décidèrent ensuite de se diriger vers le nord, longeant d’assez loin la côte ouest de la Nouvelle-Zélande dans la mer qui porte aujourd’hui le nom de leur capitaine: Tasman. Ils n’avaient plus d’eau fraiche depuis la Tasmanie (aussi découverte par eux) mais arrivés à l’Île des Trois Rois, tout au nord de l’île du nord, ils connurent encore de mauvaises conditions climatiques, les empêchant d’accoster ; et ils avaient vu en plus des signes de vie sur la côte ce qui n’était pas pour les rassurer, forts de leur première expérience dans la Golden Bay. Ils partirent donc vers le nord (pour découvrir les Tongas et y aborder, où leur morale de bigots calvinistes allait être mise à rude épreuve par des habitantes libérées sexuellement, mais c’est une autre histoire…), avec l’idée que ces terres qu’ils quittaient était peuplées de sauvages sanguinaires, ce qui était quand même assez loin d’être le cas (comme Cook allait le découvrir plus d’un siècle plus tard en étant bien accueilli à Anaura Bay, le 20 octobre 1769, lors de sa seconde rencontre avec des Maoris).

Cette terre connue aujourd’hui sous le nom de Nouvelle-Zélande que Tasman avait découverte et appelée Staten Landt (croyant qu’elle était reliée à un Staten Landt près du Cap Horn, terre découverte en 1616) allait en 1643 changer de nom. Ce fut cette année-là qu’on comprit que ce Staten Landy n’était qu’une île, et dès lors le cartographe officiel de la Dutch East India Company, Joan Blaeu, rebaptisa du nom de Nieuw Zeeland (Nova Zeelandia en latin) le pays découvert par Tasman. Nieuw Zeeland, un pays sur lequel étrangement il ne posa jamais les pieds, ce qui n’enlève rien à ses exploits d’avoir parcouru dans la première moitié du 17ème siècle plus de 13.000 kms sur des embarcations rudimentaires et sans véritables instruments de navigation (impossible à l’époque de connaître sa longitude) et d’avoir été le premier pakeha - « blanc » en maori - à découvrir ce monde lointain où les longs nuages blancs émerveillent toujours.

 

Les trajets de Tasman selon deux époques
Les trajets de Tasman selon deux époques

Les trajets de Tasman selon deux époques

Statue de Tasman sur la plage de Tahunanui à Nelson, Tasman Bay, nord de l'île du sud

Statue de Tasman sur la plage de Tahunanui à Nelson, Tasman Bay, nord de l'île du sud

Memorial de Tasman, pas très loin de l'endroit où il a jeté l'ancre
Memorial de Tasman, pas très loin de l'endroit où il a jeté l'ancre

Memorial de Tasman, pas très loin de l'endroit où il a jeté l'ancre

Ligar Bay, en contrebas du memorial

Ligar Bay, en contrebas du memorial

Taupo Point à l'horizon depuis la Wainui Bay. De la péninsule de Taupo, sans doute village de pécheurs à l'époque et lieu sacré aujourd'hui, les deux bateaux de Tasman qui mouillaient au large, dans la  Whariwharangi Bay devaient être visibles.

Taupo Point à l'horizon depuis la Wainui Bay. De la péninsule de Taupo, sans doute village de pécheurs à l'époque et lieu sacré aujourd'hui, les deux bateaux de Tasman qui mouillaient au large, dans la Whariwharangi Bay devaient être visibles.