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Aotearoa un survol de plus

Aotearoa un survol de plus

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découvertes (1)

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Les premiers habitants des îles du Pacifique venaient d’Asie. Au cours de plusieurs millénaires ils ont peuplé patiemment ces îles isolées, se propageant un peu comme le feraient des graines (dixit un commentaire lu au Te Papa Museum de Wellington). Puis, il y a environ huit siècles*, une première vague significative de ces gens qui peuplaient alors l’est du Pacifique a entrepris un voyage inhabituel, se dirigeant vers l’ouest mais surtout bien plus vers le sud que ne l’avaient fait leurs prédécesseurs.

Après un long voyage sur son catamaran (sur lequel il transportait poules et cochons), le légendaire Kupe, venant d’un île que le mythe appelle Hawaiiki, arriva en vue d’une terre qu’annonçait un impressionnant autant que bienvenu nuage. A sa vue, son épouse Kuramatorini s’écria:

“He ao he ao he ao tea

He ao tea roa!”

(Un nuage, un nuage, un nuage blanc, un long nuage blanc !)

 

* : Quoique de récentes découvertes dans la Hawke’s Bay aient (paraît-il, nous n’avons pu vérifier cette information) montré que l’homme a vécu là bien avant le 12ème siècle.

Et ainsi, selon la légende, cette terre fut nommée Aotearoa, celle du long (roa) nuage (ao) blanc (tea)...

Et ainsi, selon la légende, cette terre fut nommée Aotearoa, celle du long (roa) nuage (ao) blanc (tea)...

Les ancêtres des Māoris actuels peuplèrent peu à peu les deux îles, mais surtout celle du nord et le nord de l’île du sud où le climat leur était plus familier, et ainsi commença, hélas, la lente mais inexorable dégradation de ce dernier paradis terrestre (paradis pourquoi ? parce qu’il n’y avait pas d’humains alors pour le déflorer). Ils amenaient avec eux chiens et rats (et peut-être aussi, déjà, des cochons). On doit à ces Maoris les premières destructions du bush originel. Ils pratiquaient la même technique de brûlis que dans leurs îles d’origine mais ici elle était beaucoup plus dommageable, et la régénération du bush ne se produisit pas car l’humidité était moindre que chez eux, les saisons favorables à la repousse plus courtes, et les sols moins fertiles. 40% de la forêt a ainsi été brûlée inexorablement dans les 200 premières années (13ème et 14ème siècles) de leur colonisation.

À mesure qu’ils cultivaient, ils modifiaient les sols et les terres humides et réduisaient les zones forestières riches d’un flore et d’une faune uniques car isolées depuis des millions d’années (on remonte ici à la séparation de ces îles du Gondwana, ce super continent d’autrefois) et où avaient chanté, ivres de bonheur d’être sur une terre jusqu’alors exempte de tout mammifère prédateur et d’humains, tant d’oiseaux d’espèces aujourd’hui éteintes (40 % des 60 sortes d’oiseaux qui peuplaient le bush avant l’arrivée des hommes ont totalement disparu).

Bien sûr les Européens arrivés bien après eux ont aussi leur part de responsabilité (et non des moindres) dans l’impressionnante et rapide destruction de ce paradis perdu. Nous en reparlerons.

L’homme est vraiment le prédateur par excellence sur cette planète. Si besoin en était, visiter la Nouvelle-Zélande, la dernière terre à avoir vu l’homme (en écrivant ce billet, nous nous rappelons que c’est pour cela que nous sommes venus ici, pensant y trouver le dernier reliquat du paradis) et l’une de celles à en avoir le plus ostensiblement souffert, ne laisserait plus planer aucun doute là-dessus.

 

Il ne reste rien du bush originel où chantaient, insouciants, les oiseaux. La Nouvelle-Zélande est l'incarnation parfaite du paradis perdu.
Il ne reste rien du bush originel où chantaient, insouciants, les oiseaux. La Nouvelle-Zélande est l'incarnation parfaite du paradis perdu.

Il ne reste rien du bush originel où chantaient, insouciants, les oiseaux. La Nouvelle-Zélande est l'incarnation parfaite du paradis perdu.

Fermons cette parenthèse pour revenir à l'histoire du peuplement du pays. 

Nous avons passé un assez long moment dans la région de l’East Cape où les Maoris sont nombreux (60% de la population) et leur histoire, vivante. On dit que, laissé derrière, le roi Tarawa décida de rejoindre son peuple déjà arrivé à Aotearoa. Il aborda avec son frère et deux poissons « de compagnie » sur la plage de Waiotahi près de laquelle il trouva une source pour ses deux poissons. Il s’y établit et ses gens y prospérèrent. Cette région plate et propice à la culture de la région d’Opotiki devint vite très peuplée, et l’on y trouve encore aujourd’hui beaucoup de traces de pā, ces collines fortifiées derrière lesquelles se retiraient en ces temps d’une rare violence, les tribus Whakatohea.

 

La plage de Waiotahe tournée vers l'est d'où vinrent les premiers humains et ses deux totems décrivant leur arrivée ici,  à Opotiki
La plage de Waiotahe tournée vers l'est d'où vinrent les premiers humains et ses deux totems décrivant leur arrivée ici,  à Opotiki

La plage de Waiotahe tournée vers l'est d'où vinrent les premiers humains et ses deux totems décrivant leur arrivée ici, à Opotiki

Plus intéressant encore, on trouve un peu à l’intérieur des terres un arbre funéraire (taketakerau). Cet arbre géant et vieux de plus de 2000 ans (un Puriri tree) était utilisé par les Upokorehe hapu pour abriter les os des morts les plus distingués. Ce site était très sacré (tapu) et lui manquer de respect était un affront aux dieux ancestraux, un affront passible de mort. Cet arbre existe toujours mais les os des ancêtres ont été retirés. C’est sans doute son âge qui nous fait nous sentir encore tout petits à ses pieds. Retour au monde d'avant les hommes...

L'arbre millénaire et l'un de ses deux gardiens Teko

L'arbre millénaire et l'un de ses deux gardiens Teko